Que s’est-il passé avec nos colibris en 2007 ?

La saison de capture 2006 en fut une d'apprentissage des méthodes de travail; nous avions obtenu le permis nécessaire à la fin mai et les bagues le 10 juin. Durant l'été, nous avions changé le type de cages utilisées et peaufiné nos techniques de capture.

La saison 2007 s'est déroulée différemment; nous étions gonflés à bloc, nous savions nos cages très efficaces et nos réflexes étaient très aiguisés. Les résultats furent à la hauteur de nos attentes. La période s'est échelonnée du 6 mai au 29 août.

En 2006 - 229 captures

En 2007 - 403 captures dont 369 nouveaux individus, 33 retours d'oiseaux bagués en 2006 et 1 individu bagué à Houston au Texas en 2005.

Stoke - 241 individus

228 nouveaux

* 130 mâles adultes
* 23 mâles juvéniles
* 68 femelles adultes
* 7 femelles juvéniles

13 retours

* 7 mâles adultes
* 6 femelles adultes

Richmond - 126 individus

106 nouveaux

* 39 mâles adultes
* 18 mâles juvéniles
* 40 femelles adultes
* 9 femelles juvéniles

20 retours

* 8 mâles adultes
* 12 femelles adultes

Orford - 32 individus

32 nouveaux

* 13 mâles adultes
* 6 mâles juvéniles
* 12 femelles adultes
* 1 femelle juvénile

Saint-Denis-de-Brompton - 3 individus

2 nouveaux

* 2 mâles adultes
* 1 femelle adulte déjà baguée

De plus, des centaines de données nous sont parvenues de nos sentinelles réparties à la grandeur du Québec et que nous apprécions grandement. Malheureusement, seulement 2 observations d'un colibri avec une marque de couleur nous furent rapportées.

Phénologie de migration en 2007

Un des principaux objectifs du Projet colibris est de déterminer la phénologie de migration des Colibris à gorge rubis (Archilochus colubris).  Ainsi, en répartissant sur un graphique, le nombre de colibris capturés pour chaque jour où la température nous le permettait, entre le 6 mai et le 25 août 2007, nous sommes en mesure d’avoir, pour l’Estrie, une bonne idée de cette phénologie de migration, et ce, pour les individus de chaque sexe. Il est déjà connu que les mâles de cette espèce vont migrer avant les femelles, au printemps, et que le scénario est le même pour l’automne. La figure 1 nous permet donc de constater que même à la limite la plus nordique de sa distribution, la phénologie printanière de la migration des colibris est comparable avec les autres études. Effectivement, on constate sur cette figure que le pic des captures de mâles est devancé d’environ 7 jours sur celui des femelles. Ceci nous confirme donc que, même si certaines femelles sont capturées hâtivement, la majorité de ces dernières arrive après les mâles. Cependant, les résultats sont moins clairs pour la migration automnale. En effet, sur la même figure, on remarque une constance dans la capture de femelles durant le mois de juillet et une nette diminution de capture de mâles durant cette même période. On remarque également que le nombre de captures de colibris de chaque sexe augmente à partir de la fin du mois de juillet, nous laissant croire que la migration automnale est bien commencée. On remarque également que le nombre de colibris capturé au printemps est plus élevé que l’automne. Ce résultat pourrait s’expliquer d’au moins 3 façons :

  1. les trajets migratoires automnaux des colibris sont peut-être différents des trajets printaniers;
  2. les colibris fréquentent peut-être davantage les fleurs sauvages, présentes en plus grand nombre que le printemps, entraînant ainsi une diminution de l’utilisation des abreuvoirs et par conséquent une diminution du nombre de captures;
  3. le taux de capture plus faible est peut-être dû à la mortalité naturelle des colibris suite à la période de reproduction. En effet, il est connu que le taux de survie des mâles est plus faible que celui des femelles, ce qui pourrait mener à une diminution du nombre de colibris adultes dans notre population et ainsi en affecter les possibilités de capture.  

Évidemment, nous pourrons raffiner nos connaissances sur ce sujet en compilant plusieurs années de suivi de migration et en augmentant, peut-être un jour, le nombre de stations de baguage de colibris au Québec.

Qu'en est-il de la migration des jeunes colibris?

En 2007, nous avons capturé notre premier jeune colibri, une femelle, le 30 juillet. Le nombre total de jeunes femelles capturées est nettement inférieur à celui des jeunes mâles (15 vs 38). Selon la figure 2, on constate que les jeunes femelles semblent migrer avant les jeunes mâles. Le résultat peut s’expliquer par un biais potentiel dans le rapport des sexes en faveur des jeunes mâles dans la population. Effectivement, il se pourrait qu’il y ait une plus grande production de jeunes mâles que de jeunes femelles dans nos populations de colibris. Ceci aurait pour effet de compenser pour la plus forte mortalité des mâles adultes et d’ainsi équilibrer le rapport des sexes dans la population. De plus, il serait peut-être nécessaire de mettre un effort de capture jusqu’à la fin de la migration (autour du 20 septembre) afin d’être en mesure d’établir, avec plus de certitude, la phénologie de la fin de la migration automnale des jeunes colibris. Chose certaine, les derniers colibris à passer à nos abreuvoirs sont des jeunes. Avec l’accumulation de données sur les différents paramètres démographiques tels que le rapport des sexes et le recrutement, nous serons en mesure de mieux comprendre les différences pouvant exister dans la séquence de migration de ces merveilleuses et fascinantes petites bêtes.